Découvrir du sang dans ses urines peut être alarmant. Cette situation, appelée hématurie, touche de nombreux hommes et peut avoir des origines très variées, allant d’une simple infection à des pathologies plus sérieuses. Cet article examine les causes possibles, les examens nécessaires et les moments où une consultation médicale s’impose.
Qu’est-ce que l’hématurie ?
L’hématurie correspond à la présence de globules rouges dans les urines. Elle constitue un symptôme, non une maladie en soi, et nécessite toujours une évaluation médicale pour en identifier l’origine.
La couleur des urines peut varier du rose pâle au rouge foncé, voire brun, selon la quantité de sang présente et le temps de séjour dans la vessie. Certains hommes découvrent ce problème par hasard lors d’une analyse, tandis que d’autres le constatent visuellement.
Les différents types d’hématurie
On distingue plusieurs formes d’hématurie, chacune orientant vers des causes spécifiques :
L’hématurie macroscopique est visible à l’œil nu. Les urines prennent une teinte rosée, rouge ou brunâtre selon la quantité de sang. Cette forme inquiète naturellement le patient et motive généralement une consultation rapide.
L’hématurie microscopique reste invisible. Elle se détecte uniquement par bandelette urinaire ou examen de laboratoire (ECBU), lorsqu’on compte 5 à 10 globules rouges par millimètre cube ou plus. Parfois découverte fortuitement, elle n’en demeure pas moins importante à explorer.
Le moment d’apparition du sang lors de la miction fournit également des indices. L’hématurie initiale (sang en début de miction) suggère souvent un problème au niveau de l’urètre ou de la prostate. L’hématurie terminale (en fin de miction) oriente plutôt vers la vessie. Quand le sang colore l’ensemble des urines, l’origine se situe généralement plus haut, au niveau des reins.
Les fausses alertes : quand l’urine rouge n’est pas du sang
Avant de s’alarmer, il faut éliminer les colorations bénignes. Certains aliments comme la betterave, les mûres ou la rhubarbe peuvent teinter les urines en rouge ou rose. Ce phénomène, totalement inoffensif, disparaît en quelques heures.
Des médicaments provoquent aussi des colorations. La rifampicine (antibiotique antituberculeux) donne une teinte orange-rouge, tandis que certains laxatifs contenant du séné peuvent rosir les urines. Les vitamines B, le phénazopyridine ou même des compléments alimentaires modifient parfois la couleur urinaire.
Pour différencier une vraie hématurie d’une fausse alerte, une bandelette urinaire suffit généralement. En cas de doute, un médecin orientera vers un examen plus poussé.
Les causes principales du sang dans les urines chez l’homme
Les origines de l’hématurie masculine sont multiples. Certaines pathologies concernent spécifiquement les hommes, notamment celles liées à la prostate, tandis que d’autres affectent l’ensemble de l’appareil urinaire.
Les problèmes de prostate
Chez l’homme, la prostate représente une cause fréquente d’hématurie, particulièrement après 50 ans. L’hypertrophie bénigne de la prostate (HBP), ou adénome prostatique, concerne plus de la moitié des hommes de plus de 60 ans. Cette augmentation du volume de la glande comprime l’urètre et provoque des saignements, surtout en fin de miction.
La prostatite, inflammation aiguë ou chronique de la prostate, s’accompagne généralement de fièvre, de douleurs périnéales et de brûlures mictionnelles. Le sang dans les urines peut apparaître de manière intermittente, parfois associé à des difficultés pour uriner et une sensation de vidange incomplète de la vessie.
Les traumatismes prostatiques, bien que plus rares, surviennent lors de biopsies, de cathétérismes ou d’interventions chirurgicales. Ces saignements sont habituellement temporaires et se résorbent en quelques jours.
Les infections urinaires
Les infections des voies urinaires constituent la cause la plus fréquente d’hématurie, tous âges confondus. Bien que moins courantes chez l’homme que chez la femme, elles méritent une attention particulière.
La cystite (infection de la vessie) provoque des urines troubles ou sanglantes, des brûlures intenses lors de la miction et des envies pressantes d’uriner. Les hommes jeunes y sont rarement sujets, mais après 50 ans, les problèmes prostatiques favorisent la stagnation urinaire et donc les infections.
La pyélonéphrite, infection remontant jusqu’aux reins, s’avère plus sérieuse. Elle se manifeste par une fièvre élevée, des frissons, des douleurs lombaires importantes et parfois des nausées. Le sang dans les urines s’accompagne d’une urine malodorante et trouble. Cette situation nécessite un traitement antibiotique urgent.
L’urétrite, inflammation de l’urètre souvent d’origine infectieuse (IST comme la gonorrhée ou la chlamydia), provoque des écoulements, des brûlures et parfois du sang, surtout en début de miction.
Les calculs rénaux et urinaires
Les calculs urinaires ou lithiases touchent environ 10% de la population au cours de la vie, avec une prévalence plus élevée chez les hommes. Ces cristaux durs se forment dans les reins ou la vessie lorsque certaines substances (calcium, oxalate, acide urique) se concentrent excessivement.
La colique néphrétique, douleur brutale et intense dans le flanc, survient quand un calcul migre et obstrue l’uretère. Le patient présente souvent des nausées, une agitation et, dans près de 90% des cas, une hématurie microscopique. Le sang provient des lésions de la muqueuse urétérale causées par le passage du calcul.
Les calculs vésicaux, moins fréquents, donnent des symptômes différents : douleurs pelviennes, interruptions du jet urinaire et parfois une hématurie macroscopique. Ils se développent généralement chez les hommes présentant une obstruction chronique liée à l’hypertrophie prostatique.
Les causes graves à ne pas négliger
Bien que moins fréquentes, certaines pathologies sérieuses se manifestent par du sang dans les urines. Leur dépistage précoce améliore considérablement le pronostic et les chances de guérison.
Les cancers des voies urinaires
Le cancer de la vessie représente le quatrième cancer le plus fréquent chez l’homme en France. Son signe d’alerte principal est une hématurie indolore et intermittente. Le patient remarque du sang sans ressentir de douleur, ce qui retarde parfois la consultation.
Le tabagisme constitue le principal facteur de risque, multipliant par 4 le risque de développer un cancer vésical. L’exposition professionnelle à certains produits chimiques (colorants, solvants, hydrocarbures) augmente également ce risque. Les hommes de plus de 60 ans sont particulièrement concernés.
Le cancer du rein se manifeste classiquement par une triade : hématurie, douleur lombaire et masse palpable dans le flanc. Toutefois, cette triade complète reste rare. L’hématurie peut être le seul symptôme initial, d’où l’importance d’explorer systématiquement tout saignement urinaire inexpliqué, surtout chez un patient à risque.
D’autres signes doivent alerter : fatigue persistante, perte de poids involontaire, fièvre inexpliquée ou sensation de masse abdominale. Ces symptômes nécessitent une consultation rapide et des examens d’imagerie.
Les maladies rénales
Les néphropathies glomérulaires regroupent des maladies affectant les glomérules, unités de filtration du rein. Elles provoquent une hématurie microscopique souvent associée à une protéinurie (présence de protéines dans les urines). La glomérulonéphrite aiguë peut survenir après une infection streptococcique et nécessite une prise en charge néphrologique.
La maladie de Berger (néphropathie à IgA), forme la plus fréquente de glomérulonéphrite dans le monde. Elle se manifeste par des épisodes d’hématurie macroscopique, souvent déclenchés par une infection ORL. Bien que généralement bénigne, elle peut évoluer vers une insuffisance rénale chronique chez certains patients.
Les polykystoses rénales, maladies génétiques caractérisées par le développement de kystes dans les reins, provoquent des hématuries lorsque les kystes se rompent. Des douleurs lombaires et une hypertension artérielle accompagnent fréquemment ces épisodes hémorragiques.
Quels examens faut-il réaliser ?
Face à une hématurie, le médecin prescrit des examens complémentaires pour identifier l’origine du saignement. L’approche diagnostique suit une progression logique, du plus simple au plus spécialisé.
L’ecbu : l’examen de référence
L’examen cytobactériologique des urines (ECBU) constitue l’analyse de première intention. Il confirme la présence de sang, quantifie les globules rouges et recherche une infection urinaire en identifiant d’éventuelles bactéries.
Le prélèvement doit respecter certaines règles : urines du milieu de jet, après toilette intime, dans un flacon stérile. Les premiers millilitres sont éliminés pour éviter la contamination par les germes de l’urètre. Le prélèvement doit être analysé rapidement, idéalement dans les deux heures.
L’ECBU permet également de détecter une protéinurie ou des cylindres urinaires, éléments orientant vers une pathologie rénale. La présence de leucocytes en grand nombre confirme une inflammation ou une infection, tandis que la présence exclusive d’hématies suggère d’autres causes.
Les explorations complémentaires
L’échographie des voies urinaires visualise les reins, les uretères et la vessie. Examen non invasif et sans irradiation, elle détecte les calculs, les kystes, les masses tumorales et évalue la taille de la prostate. Sa sensibilité reste toutefois limitée pour les petites lésions.
Le scanner abdomino-pelvien sans et avec injection (uroscanner) représente l’examen de référence pour explorer les voies urinaires. Il identifie précisément les calculs, caractérise les masses rénales et vésicales, et évalue l’ensemble de l’appareil urinaire avec une excellente résolution.
La cystoscopie s’impose souvent, particulièrement chez les patients de plus de 50 ans ou fumeurs. Cette endoscopie de la vessie, réalisée sous anesthésie locale, permet de visualiser directement la muqueuse vésicale, l’urètre et les orifices urétéraux. Elle détecte les tumeurs, les inflammations et les anomalies structurelles avec une grande fiabilité.
Des analyses sanguines complètent le bilan : créatininémie pour évaluer la fonction rénale, numération formule sanguine pour rechercher une anémie liée aux saignements, et parfois des marqueurs tumoraux. Le dosage du PSA (antigène prostatique spécifique) oriente vers un problème prostatique chez l’homme de plus de 50 ans.
Les traitements selon les causes
Le traitement de l’hématurie dépend entièrement de sa cause sous-jacente. Il n’existe pas de traitement universel, d’où l’importance d’un diagnostic précis.
Pour les infections urinaires, un traitement antibiotique adapté au germe identifié suffit généralement. La durée varie de 3 jours pour une cystite simple à 10-14 jours pour une pyélonéphrite. L’hématurie disparaît progressivement en quelques jours. Une bonne hydratation (1,5 à 2 litres d’eau par jour) accélère la guérison.
Les calculs urinaires nécessitent une approche variable. Les petits calculs (moins de 5 mm) s’éliminent spontanément dans 90% des cas avec une hydratation abondante et des antalgiques. Les calculs plus volumineux requièrent parfois une intervention : lithotripsie extracorporelle (onde de choc), urétéroscopie ou chirurgie percutanée. Des mesures préventives (modification du régime alimentaire, hydratation régulière) réduisent les récidives.
Les problèmes prostatiques bénins se traitent par médicaments (alpha-bloquants, inhibiteurs de la 5-alpha-réductase) qui réduisent le volume de la prostate et améliorent les symptômes. En cas d’échec ou de complications, une intervention chirurgicale (résection transurétrale de la prostate) peut être proposée.
Les cancers des voies urinaires relèvent d’une prise en charge oncologique spécialisée, combinant chirurgie, chimiothérapie et parfois radiothérapie selon le stade. Le pronostic dépend largement de la précocité du diagnostic, d’où l’importance de consulter rapidement devant une hématurie persistante.
Les maladies rénales nécessitent un suivi néphrologique avec des traitements spécifiques : corticoïdes et immunosuppresseurs pour certaines glomérulonéphrites, contrôle tensionnel strict, régime adapté. L’objectif vise à préserver la fonction rénale et éviter l’évolution vers l’insuffisance rénale terminale.
Questions fréquemment posées
Pourquoi un homme urine-t-il du sang ?
Uriner du sang chez l’homme peut résulter de plusieurs causes : infections urinaires, calculs rénaux, problèmes de prostate (hypertrophie bénigne, prostatite), traumatismes ou pathologies plus graves comme les cancers des voies urinaires. Une évaluation médicale est toujours nécessaire.
Quand faut-il consulter en urgence pour du sang dans les urines ?
Consultez immédiatement si le sang dans les urines s’accompagne de fièvre élevée, de douleurs lombaires intenses, de difficultés à uriner, de caillots sanguins importants ou de signes de pyélonéphrite. Une hématurie indolore persistante nécessite également une consultation rapide.
Quelle est la différence entre hématurie microscopique et macroscopique ?
L’hématurie macroscopique est visible à l’œil nu avec des urines rosées, rouges ou brunâtres. L’hématurie microscopique reste invisible et se détecte uniquement par analyse en laboratoire (ECBU). Les deux formes nécessitent une exploration médicale complète.
Est-ce que le sang dans les urines peut être causé par l’alimentation ?
Oui, certains aliments comme la betterave, les mûres ou la rhubarbe peuvent colorer les urines en rouge ou rose sans présence de sang réel. Ce phénomène inoffensif disparaît rapidement. Une bandelette urinaire permet de confirmer s’il s’agit vraiment de sang.
Quel examen confirme la présence de sang dans les urines ?
L’examen cytobactériologique des urines (ECBU) constitue l’analyse de référence. Il confirme la présence de globules rouges, quantifie leur nombre et recherche une infection. Des examens complémentaires comme l’échographie, le scanner ou la cystoscopie peuvent être nécessaires.
Le sang dans les urines disparaît-il tout seul ?
Le sang dans les urines peut disparaître spontanément selon la cause, mais cela ne signifie pas que le problème est résolu. Une hématurie, même temporaire, nécessite toujours une consultation médicale pour identifier l’origine et éviter des complications potentiellement graves.

Fabienne est la rédactrice en chef du blog de CoMETH. Elle se spécialise dans la création de contenus liés à la santé, avec un accent particulier sur l’hémostase et les pathologies hémorragiques

